Retour sur la saison des 20 pilotes du Mondial 2008. Notre 1er volet est consacré à Hamilton (McLaren), Massa (Ferrari), Räikkönen (Ferrari), Kubica (BMW), Alonso (Renault) et Heidfeld (BMW). Pourquoi ont-ils été les six meilleurs ? Eléments de réponses...
1-Lewis Hamilton (McLaren) 98 points

La consécration. Le plus jeune champion du monde de l'histoire à 23 ans et 300 jours, le premier au volant d'une McLaren depuis 1999, le premier à faire la décision dans le dernier virage (avant dernier en fait) du dernier tour du dernier Grand Prix de F1. Bref, du Michel Vaillant ! Exceptionnel mais pas unique en sports méca si l'on se rapporte aux titres de Franchitti en IndyCar 2007 (Dixon en panne dans le dernier virage de la saison) ou Jacque en Mondial 250cc 2000 (Nakano passé sur la ligne d'arrivée du dernier gp). Sans Fernando Alonso, le Britannique s'est néanmoins bien débrouillé techniquement et aura signé des victoires significatives à Melbourne, Monaco, Silverstone et Shanghai. Reste les controverses de la gaffe de Montréal, de la chicane à Spa-Francorchamps et du départ méprisant pour Räikkönen à Fuji.
2-Felipe Massa (Ferrari) 97 points

Le Brésilien avait intégré la Scuderia en 2006 en remplacement de Barrichello et on le pensait réduit à un rôle de N.2. A force de travail, le Pauliste conseillé par Michael Schumacher a élevé son niveau de pilotage et précisé ses demandes techniques pour customiser une F2008 et dominer son équipier. Surtout, il a fait preuve d'une sacrée force de caractère pour surmonter ses deux médiocres premiers gp (tête-à-queue en Australie et en Malaisie) et sa série de pirouettes sous la pluie à Silverstone avec une machine réglée pour le sec. Il a répondu à sa casse moteur hongroise -alors qu'il allait gagner- par deux victoires à Valence et une -providentielle- à Spa. Une terrible désillusion à Sao Paulo, où il s'est cru champion. Mais était-ce la photographie de la saison, sachant qu'il n'a pointé derrière Hamilton au championnat sur les neuf derniers gp ?
3-Kimi Räikkönen (Ferrari) 75 points

La gifle. Le Finlandais a défendu de bien piètre façon sa couronne au point de pousser Luca di Montezemolo au sarcasme. "C'est toi, le vrai Kimi, en chair et en os ? Ou était-ce une doublure que j'ai vu disputer les derniers Grands Prix pour Ferrari ?", a publiquement demandé le président à son pilote, lors d'une conférence post-saison. Il faut dire que l'impassible Finlandais a paru se liquéfier au fur et à mesure que la saison avançait. L'an passé, tout Ferrari était à ses pieds et avait corrigé sa F2007 pour qu'elle soit à son goût. Cette saison, Massa a entretenu la concurrence et Maranello n'a rien fait pour un pilote qui puisse désavantager l'autre. Bref, "Robot Raikko" a traîné toute l'année ses problèmes de montée de pneus en température. Total : six résultats blancs, deux victoires dont la plus récente au printemps espagnol, même s'il méritait l'emporter à Magny-Cours (échappement) et ne pas être tamponné à Montréal ou méprisé par le même Hamilton à Fuji. Cependant, on l'a vu perdre son sang-froid à Spa et finir dans un mur, enragé par la supériorité d'Hamilton sous la pluie. "Je voulais la victoire et rien d'autre", a-t-il expliqué. L'aura gagnée par Massa et ses régulières défaites en qualif face au Sud-américain (6-12 !) l'ont fait descendre de son piédestal.
4-Robert Kubica (BMW) 75 points

Pole position à Bahreïn et victoire au Canada : le bilan reste sensationnel malgré une dernière ligne droite poussive (11 points lors des quatre dernières courses). Dans la course au titre jusqu'à l'avant dernier gp, il a cédé sa 3e place finale à Räikkönen au Brésil. "J'ai eu beaucoup de mal en 2007", a souligné le Polonais, pour expliquer le contraste. "La F1.07 était très inconstante. Au moindre rétrogradage, à chaque freinage c'était la loterie. Cette année, je peux la piloter comme je veux". Avec une voiture maniable, il est devenu le pilote le plus régulier et le plus fiable en 2008, avec une seule faute à son passif (gravier à Silverstone). Mais BMW a saturé, Mario Theissen, le directeur de BMW Motorsport, l'a reconnu : "Nous n'avons pas accompli les progrès escomptés dans la seconde partie de saison. En fait, certains projets de développement n'ont pas apporté les gains espérés en piste". "Kub" n'a pas apprécié et n'a resigné que pour 2009.
5-Fernando Alonso (Renault) 61 points

L'Espagnol est un "team player" hors paire, un aiguillon technique comme il en existe peu dans la pit lane, car il est parvenu à faire sortir la tête de l'eau son équipe pendant que d'autres comme Nico Rosberg (Williams), Robert Kubica (BMW) et -dans une moindre mesure- Jarno Trulli (Toyota) échouait dans cette entreprise de longue haleine qu'est le développement. Et on ne parle pas de Coulthard et Webber (Red Bull), nantis de moyens comparables. Le champion du monde 2005 et 2006 paraissait parti pour refaire le coup de 2004 en montrant un pilotage parfois décousu, ce qu'a illustré Monaco. Résultat : 8 points récoltés sur la période Malaisie/Allemagne, même s'il roulait en 2e position lorsqu'il a cassé à Montmelo. La R28 peu à peu rectifiée pour gagner en grip et en gestion du grainage, une victoire chanceuse est arrivée à Singapour et une plus méritée au Japon. Les comptes étaient bons : 43 points dans la besace sur 60 possibles et la 5e place du Mondial devant des garçons bien mieux équipés comme Heidfeld (BMW) et Kovalainen (McLaren). Ferrari ayant fermé l'accès jusqu'à fin 2010, BMW n'étant pas près à lui faire une place de N.1 exclusif, il a prolongé de deux ans.
6-Nick Heidfeld (BMW) 60 points

Il doit son baquet 2009 au refus de Fernando Alonso de rejoindre l'équipe et à l'impossibilité de Nico Rosberg de se libérer de son contrat Williams. Car c'est à peine caricaturer que dire que l'Allemand était l'épicier de service : toujours à l'arrivée, sans génie mais souvent dans l'efficacité en dépit de six résultats blancs. Régulièrement débordé par Kubica en qualif (5-13), le natif de Moenchengladbach a construit son total de points sur des 2e places d'opportuniste en Australie et au Canada, d'équilibriste en Grande Bretagne et de stratège en Belgique, où il a changé de pneus pour le dernier tour. Il souffre néanmoins de n'avoir toujours remporté le moindre gp, une frustration devenue plus grande encore à l'issue d'une saison où sept pilotes différents ont gagné.