Retour sur la saison des 20 pilotes du Mondial
2008. Notre 3e volet est consacré à Rosberg (Williams),
Barrichello (Honda),
Nakajima (Williams), Coulthard (Red
Bull), Bourdais (Toro
Rosso), Button (Honda), Fisichella et Sutil (Force
India). En permanence au bord de l'explosion. Voici pourquoi.
13-Nico
Rosberg (Williams) 17 points

Irrégulier et disons-le franchement un peu décevant. L'Allemand
a marqué 14 de ses 17 points grâce à des safety cars, en Australie
(3e) et à Singapour (2e). Il aurait terminé 5e à Monaco, autre circuit urbain où il s'est
encore montré à l'aise, sans une faute en fin de course. On a vu la
FW30 en grande difficulté dès la 2e course, en Malaisie, et à la
suivante, à Bahreïn : elle manquait de grip dans certaines
circonstances (température élevée, bitume lisse) et souffrait plus
généralement dans les courbes rapides. Pas l'idéal pour un bolide
de F1... A Montmolo, circuit standard par excellence, le brave
Nico, ordinairement pas manchot en qualif, a sombré dans les
réglages et la perplexité. L'équipe a fait des efforts, sorti en
Turquie un aileron prévu pour Magny-Cours, sans pouvoir l'empêcher de
glisser en milieu de tableau. Interdit d'aller voir ailleurs en
2009, il n'a pas pu entretenir la pression sur le bureau technique
comme a si bien su le faire Alonso. Balloté même par Nakajima sur
quelques meetings de fin de saison. La tête à 2009 et ses espoirs
placés dans le nouveau règlement. "Autrement, j'aurai perdu la
foi", a-t-il avoué.
14-Rubens
Barrichello (Honda) 11 points

"J'ai toujours la flamme", avait-il proclamé après son
miraculeux podium à Silvertone, sa dernière course dans les points.
Son appel n'a pas été entendu : Honda n'activera pas sauf énorme
surprise l'option sur sa 4e année. Le Brésilien aimerait qu'on
croit au succès de la reformation de son duo avec Ross Brawn mais
du temps de
Ferrari c'est Schumacher qui développait la
"rossa". Et puis, l'histoire ne repasse pas les plats et
Coulthard a déjà fait le coup en 2007 et 2008 à Red Bull, sur le
mode "Souvenez-vous, moi,
McLaren et Newey…" En mal de publicité,
Rubinho a prétendu à Monaco qu'il avait battu le record de départs
en Grands Prix de Ricardo Patrese (c'est pas rien) en comptant
trois Grands Prix auxquels il n'avait pas participé ! Il vient de
sortir l'argument massue, l'ultime, celui qui doit faire pencher la
balance pour rester en 2009 : mincir pour lutter contre le surpoids
du système de récupération d'énergie (KERS). 77 kg pour 1m 72, ce
n'est effectivement pas un format de champion, surtout quand on
sait que
Robert Kubica accuse 74 kg pour 1m 84 depuis l'hiver
dernier.
15-Kazuki
Nakajima (Williams) 9 points

Le syndrome du mal qualifié qui voit dans le départ dominical
l'opportunité d'enterrer sur un coup de freinage un piètre samedi
après-midi. Mais n'est pas
Takuma Sato qui veut. Et puis, point trop d'optimisme il
n'en faut. Le sympathique débutant japonais regorgeait encore
d'énergie dans les roue d'Alonso à Valence, et sous régime de
neutralisation en Australie, dans l'aileron arrière de la
BMW de Kubica... Toujours misérablement qualifié (un
seul top 10, à Singapour), "Kamikazuki" a aussi fait des siennes
aux dépens de Fisichella à Spa. La marque d'un pilote pas encore
mûr, puisque passé une seule saison en GP2 alors qu'il en aurait
bien fallu deux… Mais quand McLaren sort un Hamilton et Red
Bull un Vettel,
Toyota veut avoir son génie quite à anticiper. En fait,
le Japon n'a pas rendu service à son espoir en le mettant trop tôt
en couveuse chez Williams. Une pillule passée avec la motorisation.
L'an prochain,
Kamui Kobayashi, N.3 de Toyota, poursuivra ses classes
au niveau 2 (GP2+GP2 Asie 2008 et 2009), se profilant comme un
redoutable concurrent pour lui au poste de remplaçant du possible
futur retraité
Jarno Trulli, fin 2009.
16-David
Coulthard (Red Bull) 8 points
Il était temps qu'il parte car plus personne ne le respectait !
Felipe Massa dès le premier Grand Prix comme d'autres
pilotes de tous horizons (Button, Glock, Vettel, Barrichello,
Nakajima…) avec qui il a cassé du carbone. L'année de trop
pour le vétéran écossais de 37 ans. On a vu "Uncle David" plutôt
que "DC1", et encore. Si l'expérience servait à aller plus vite, ça
se saurait depuis longtemps. Du haut de ses 247 bulletins
d'engagement, le gentleman écossais s'en est fait remontrer par un
gamin de 21 ans placé à égalité de matériel chez Toro Rosso à
partir du sixième Grand Prix… Le vice-champion du monde 2001
n'a pas compris ce que la STR4 avait dans le ventre (Webber non
plus) et avec quatre présences en Q3 sur 18 possibles, ses courses
étaient déjà pliées dès le samedi. Reste un ultime podium par
élimination à Montréal et un rôle d'essayeur-ambassadeur du
Taureau en 2009.
17-Sébastien
Bourdais (Toro Rosso) 4 points

Auréolé de quatre titres de ChampCar, le Français n'imaginait
pas vivre une telle première année parmi l'élite. Sa première
course fût à l'image de sa saison : d'un sadisme consommé. Il
roulait 4e à Melbourne, contenait facilement Alonso,
lorsque son moteur Ferrari connut une rare casse. Comment alors
apprécier les deux points d'une 7e place ? Malheureusement, il
s'agissait déjà de la moitié de son quota annuel. Car la suite a
ressemblé à un dur apprentissage. En Malaisie, son bolide lui
échappe dès le premier tour sans savoir pourquoi. Puis arrive
l'épisode de Montmelo, où il braque sur Piquet sans l'avoir
vu. Il a montré sa vélocité en qualif mais il rentre sans point.
Montmelo est aussi le circuit où il a testé pour la première fois
la nouvelle Toro Rosso, qu'il a fracassée. Un coup de froid est
passé dans l'équipe et il présente ses excuses. Dur apprentissage,
encore une fois quand on sait que Vettel a "touché" la voiture en
février en essais pour Red Bull. Et puis, le scenario se répète à
l'heure des stratégies : quand Vettel est libre d'ajuster, il se
fait dicter les siens en matière de pneus et de carburant (plus
importante évidemment). Un peu cobaye pour Vettel et rebelle à
Monaco, où son discours est moyennement apprécié lorsqu'il avoue
n'avoir pris aucun risque pour ramener la voiture à la maison. Que
dire ? La nouvelle STR est introduite de façon incongrue et
interdiction lui est signifiée de casser quoi que ce soit
d'important car les pièces manquent depuis les fracas de
Montmelo... Dans un étau, Bourdais entend quand même dire de Berger
qu'il est "un bon mec", droit, courageux, bosseur, et ça
libère de la pression. Mais la nouvelle caisse lui convient moins
bien alors que Vettel s'amuse avec, et gagne. Supplicié dans le
dernier tour à Spa : il est tétanisé à l'idée de sortir alors
qu'Alonso et Heidfeld mieux chaussés lui foncent dessus, et que
Vettel le passe avec les mêmes gommes. De 3e à 7e... Monza est du même tonneau : le podium lui
était promis, dixit l'équipe. S'il était parti avec les autres !
Encore cruel... Puni par Trulli à Sao Paulo pour les contentieux de Spa et
Shanghai, il sera bientôt comparé au
"budgétisé" Sato à Montmelo. Sans garantie d'avenir.
18-Jenson
Button (Honda) 3 points

La Buttonmania n'existe plus depuis longtemps sur l'échiquier de
la F1 et ce n'est pas le sensationnel titre de Hamilton et l'espace
médiatique que pourrait bientôt occuper Di Resta qui arrangeront
ses affaires domestiques. Le Britannique milite pour que
Barrichello reste et on le comprend : la misère se vit mieux à deux
que seul et un Bruno Senna venu du GP2 lui botterait bien le cul !
Dans sa 9e année de F1, "JB" a proposé des prestations indigentes :
un seul top 10 sur la grille et une seule arrivée primée, à
Montmelo (6e). En fait, il faut remonter aux circonstances de son
transfert définitif chez Honda pour comprendre pourquoi il en est
arrivé là. Pour racheter son contrat 2006 chez Williams, il avait
réglé personnellement un lourd dédit, compensé par un engagement de
quatre ans chez Honda. Le problème est que le constructeur japonais
a dans le même temps contracté Barrichello pour trois ans, plus une
année en option. Dès lors qu'ils étaient d'accord pour dire que les
RA107 et 108 étaient irrécupérables et qu'ils en tiraient les mêmes
chronos, il ne pouvait y avoir émulation. Aujourd'hui, Button peut
au moins savourer les petits plaisirs de son anonymat retrouvé et
s'adonner à quelques loisirs qu'il apprécie, comme du camping
incognito dans le Sud de la France.
19-Giancarlo
Fisichella (Force India) 0 points
De
Renault à Force India… On se demandait si c'était
courageux ou pathétique. C'était courageux, c'est devenu
pathétique. Le vétéran italien (35 ans, 241 gp) a livré quelques
belles qualifs avant de se liquéfier : que des dernières ou
avant-dernières lignes sauf à Melbourne, où il était très motivé,
et à Monza, où plusieurs gros bras se sont fait piéger sur les
choix de pneus. Un seul top 10 dominical, ça paraît également
faible. Son plus gros problème est aujourd'hui les départs du
technicien Mike Gascoyne (ex-Renault) et du directeur général Colin
Kolles, qui avait milité pour sa venue.
20-Adrian
Sutil (Force India) 0 points
Des larmes à Monaco où une embardée de
Kimi Räikkönen l'a privé d'une splendide 5e place. Cruel
car l'occasion d'un tel résultat ne s'est jamais représentée. La
comparaison en vitesse pure avec le finissant Fisichella ne l'a pas
franchement servi et on l'a vu collectionner les abandons à force
de torturer ses trajectoires et sa machine. Il est rare de voir un
pilote faire une grande carrière après des statistiques aussi
faibles